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Allocution du Président de la République à l'occasion de l'ouverture officielle "Alger, Capitale de la Culture Arabe"

13 janvier 2007

Palais des Nations

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Je suis à la fois fier et heureux de voir aujourd’hui l’Algérie, lien central du Maghreb arabe et l’une des perles de la Méditerranée, consacrée comme capitale de la culture arabe en réunissant les penseurs, les créateurs, poètes, artistes et écrivains arabes, défenseurs de toutes les grandes causes de la nation arabe et dépositaires des aspirations et de la conscience de nos peuples.
Du fond du cœur, je vous souhaite la bienvenue pour ouvrir cette année de la culture arabe qui vous permettra de connaître tous les aspects de la culture algérienne et nous donnera à tous l’occasion de mieux nous apprécier et de renforcer, à travers nos valeurs culturelles communes, les liens tissés entre nous par la religion, l’histoire et nos luttes communes.
C’est par un heureux hasard qu’en ce mois de janvier coïncident plusieurs célébrations parmi lesquelles la fête des labours et des semailles qui entre dans les traditions les plus anciennes de nos milieux paysans, notre fête de l’Aïd El Kebir qui coïncide également avec le pèlerinage à la Mecque, le début de l’année 2007 et le début du mois de Moharram 1428, ces coïncidences devant nous rappeler à la fois l’unité de l’humanité et la solidarité de destin de tous les peuples.
Elles doivent également appeler à la tolérance et à un dialogue pacifique entre les religions et entre les civilisations, auxquels aspire tout homme épris de paix et de sagesse.
Cette rencontre des intellectuels du monde arabe revêt à mes yeux une importance primordiale car elle se tient à un moment très sensible de notre histoire, alors que nous faisons face à des menaces réelles tant intérieures qu’extérieures et que nous n’arrivons pas à progresser malgré nos ressources et notre situation géopolitique.
De tels atouts ne peuvent nous être profitables que s’ils s’appuient sur la conjugaison de nos volontés et de nos efforts et sur un développement effectif ayant l’homme pour finalité et pour objectif initial. Ceci impose un épanouissement de notre culture et l’émergence dans nos différents pays d’une élite formée dans nos universités et nos instituts et garante d’un avenir prospère pour nos peuples.
Il ne fait pas de doute qu’une situation de régression et de négligence conduit inévitablement à des troubles et à des défaites. Nous serions impardonnables de ne pas prêter attention à ce qui se passe autour de nous dans un monde où des continents entiers s’unissent et se transforment par l’intelligence, l’initiative et la créativité, un monde qui ne laisse pas de place aux faibles et aux retardataires.
Vous, intellectuels, écrivains et artistes, vous êtes la richesse de la nation arabe et vous êtes mieux à même que quiconque pour connaître nos réalités sociales et ressentir en vous-mêmes les tressaillements et les aspirations de nos sociétés qu’un citoyen moyen ne pourrait percevoir.
Notre élite ne peut mériter ce nom que si elle a une compréhension intime de son siècle et qu’elle se place au premier rang des constructeurs de l’avenir, préparant et accompagnant les transformations attendues par nos peuples pour rattraper leur retard et s’imprégner de la culture de la démocratie fondée sur les droits et les devoirs du citoyen, la liberté individuelle de pensée, de création et d’expression dans les seules limites fixées par la société elle-même.
Le rôle des intellectuels et des créateurs ne se limite évidemment pas à une manifestation, même si elle dure des semaines ou des mois ; il doit se manifester en tous temps et en tout lieu, car je reste convaincu qu’il ne peut y avoir de progrès ou de renaissance qui ne soit initié et guidé par les penseurs, les écrivains et les artistes qui ont compris les exigences de leur siècle qu’ils ont exprimées par leurs écrits en prose ou en vers ou dans des pièces de théâtre, ou des chants et des poèmes en arabe régulier ou en arabe parlé, par leurs tableaux et leur musique, et restitué dans sa forme et dans sa philosophie notre héritage culturel.
Cette élite peut quelquefois souffrir d’une non-reconnaissance par leur société, mais elle peut devenir une source d’espoir et de confiance pour leur peuple contre le doute et le désespoir.
L’histoire de la civilisation humaine montre que les grandes révolutions ont toujours été précédées puis suivies par des dirigeants dans le domaine de la science, des arts et des lettres.
En vous souhaitant la bienvenue, je veux également vous réaffirmer que l’Algérie, fidèle à son histoire, restera reconnaissante à tous les intellectuels, les écrivains et les artistes libres qui l’ont soutenue dans son combat libérateur, par leurs poèmes, leurs pièces de théâtre, leurs reportages photographiques, leurs films cinématographiques qui représentent une partie de l’épopée algérienne. Nous devons considérer tout cela comme un héritage commun à toute la nation arabe car avec ses sept années et demie de gloire, la révolution algérienne constitue une épopée arabe et un facteur d’unité pour les peuples arabes.
Je souhaite que ces exploits trouvent leur place dans notre héritage commun et qu’ils soient pris en considération dans nos écoles, nos universités et nos centres de recherche en tant qu’exemple vivant de la profondeur et de la sincérité de la fraternité arabe dans les moments de difficulté et de douleur.
L’Algérie d’hier et d’aujourd’hui n’oubliera pas la contribution précieuse apportée à sa lutte par les intellectuels arabes et de nombreux combattants de la liberté à travers le monde, malgré les difficultés qu’ils ont rencontrées et les menaces dont ils ont été l’objet, en France en particulier, mais qui ont continué leur combat à notre côté, choisissant ainsi de se mettre du côté du droit, de la justice et de la liberté. Ils méritent tous une place particulière dans la conscience de l’humanité.
Je ne pense pas exagérer en disant que les intellectuels de cette époque et beaucoup parmi ceux qui les ont suivis ont compris à travers l’épopée algérienne et le long combat du peuple algérien que l’Algérie était au rendez-vous avec l’Histoire et qu’elle était en train de vivre une révolution populaire échappant à l’influence orientale passée ainsi qu’aux pressions de l’occident engagé dans la guerre froide pour la domination du monde.
L’objectif premier de la révolution algérienne était la libération de l’Algérie de la domination coloniale et le recouvrement de sa liberté et de sa dignité. C’est pour cela qu’elle a représenté une première occasion —et espérons qu’elle ne soit pas la dernière— de rapprocher les intellectuels arabes quelles que soient leurs tendances ou leur appartenance idéologique ou leur nationalité, car ces intellectuels étaient tous convaincus que le triomphe de la révolution algérienne représentait un acquis stratégique et un capitale immense pour la nation arabe et, en définitive, pour tous les opprimés dans le monde, depuis le continent africain jusqu’aux confins de l’Asie ou de l’Amérique latine.

Excellences,
Mesdames, Messieurs,


Il en est des nations comme des individus : la poursuite frénétique de la satisfaction des intérêts matériels auxquels elles s’adonnent est génératrice, certes, de croissance mais aussi de solitude. C’est la culture qui s’offre en antidote de l’esseulement, en espace de convivialité générateur d’affinités humaines porteuses de multiples formes de solidarité et de progrès.
La culture n’est pas un épiphénomène. Elle trouve sa source dans l’appropriation de la composante sociale du patrimoine multiforme de la civilisation commune à un ensemble de peuples. C’est dans cet acte volontaire et sélectif d’appropriation par chaque communauté que se situe sa spécificité culturelle. Il s’agit d’un acquis évolutif à travers les siècles au gré des circonstances, et sujet à des mutations voire à des ruptures. Comme disait Malek Bennabi, « la culture n’est pas une science mais une ambiance dans laquelle se meut l’homme qui porte une civilisation dans ses entrailles. C’est un milieu où chaque détail est un indice d’une société qui marche vers le même destin ». Ainsi la culture est, selon lui, « cette synthèse d’habitudes et de talents, de traditions, de goûts, d’usages, de comportements, d’émotions, qui donnent un visage à une civilisation et lui donnent aussi ses deux pôles, le génie et l’âme ».
Des pôles générateurs d’affinités qui résistent à la corrosion du temps et sur lesquelles la distance n’a guère de prise. Des affinités qui, à leur tour, figurent parmi les bienfaits de la Culture arabe dont vous avez bien voulu faire d’Alger l’épicentre au seuil de l’année 2007.
Fut-elle orale, intuitive et populaire ou écrite et acquise, la culture dans chacune de nos nations a été fragilisée par une insuffisante capacité d’adaptation aux changements souvent brutaux qui ont frappé nos sociétés et à un environnement extérieur protéiforme.
Le doublement, voire le triplement, de la population, en quelques décennies, dans nos pays, a fait que la culture populaire a reculé devant le populisme. La disparition de l’Etat-Providence a appauvri des segments entiers de la population tandis que l’effacement de l’idéologie et de la culture officielles impulsées par l’Etat-Nation les a provisoirement privés de repères.
Le vide laissé par le déficit culturel a vite été comblé par une vision réductrice et vindicative de la religion qui n’a pas tardé à être exploitée dans le cadre de stratégies violentes visant à l’accaparement du pouvoir et qui allèrent en Algérie jusqu’à leur plus extrême manifestation durant la « Décennie noire ». Les intellectuels animant la vie culturelle du pays furent une cible privilégiée de ce terrorisme sans foi ni loi.
L’indignation face à l’aggravation des violations des droits humains les plus élémentaires des Palestiniens et aux multiples agressions étrangères perpétrées au Moyen-Orient ont intensifié dans le monde arabe une radicalisation des mentalités peu propice à l’épanouissement culturel.
Nous avons, dans l’ensemble de nos pays, payé le prix fort pour cette double évolution interne et externe en termes de dégradation des expressions nationales de la Culture arabe. Nous nous trouvons maintenant à la croisée des chemins : Ou bien nous saurons réagir et réinventer, s’il le faut, le contenu d’une Culture arabe retrouvant sa vitalité et qui participe par son humanisme et ses lumières à l’avènement d’une société sûre d’elle-même et à la création d’un monde plus harmonieux, ou bien nous serons condamnés par notre errance culturelle à devenir la proie des cultures dominantes imposées par les puissances hégémoniques.
Nous avons les moyens et nous devons avoir la volonté de relever le défi : pour cela, nous devons nous interroger sur ce que représente au XXIème siècle, par-delà les clichés réducteurs et les stéréotypes, ces cultures du monde arabe procédant d’une même aire de civilisation que nous avons en partage.
Un tel questionnement ne pouvait trouver meilleur cadre de réflexion que l’Algérie. En effet, notre pays est représentatif d’un carrefour civilisationnel que l’on qualifiait naguère d’arabo-andalou et aujourd’hui d’arabo-islamique au sens large. C’est un pays riche d’une double culture à la fois arabe et berbère et d’un triple patrimoine linguistique qui recouvre tant les langues enracinées dans notre réalité nationale plurielle, un « butin de guerre » linguistique pris au colonisateur en déroute pour reprendre l’expression de notre écrivain inspiré.
Dans la recherche de réponses aux interrogations sur le contenu des cultures qui nous unissent, je suggère que l’on fasse porter notre réflexion sur trois diptyques.
Je commencerai par invoquer le diptyque « identité – cultures arabes ». La culture nationale telle que vécue dans chacun de nos pays est certes constitutive de notre identité. Elle ne saurait néanmoins en être le succédané. Car contrairement au concept de culture, le concept d’identité est lié à celui d’appartenance territoriale ou génétique. Cette notion est par définition exclusive : elle se manifeste par le « nous » et « eux ».
Par contre, la culture vécue selon nos valeurs ancestrales rejette ce que le Professeur Mohamed Arkoun appelle « les idéologies d’exclusion mutuelle ».
Faire l’amalgame entre notre identité nationale et une Culture arabe, c’est aussi créer un terrain favorable à la prolifération de stéréotypes alimentant les phobies des autres zones de civilisation : On a vite fait de vouer aux gémonies, sous d’autres latitudes, l’ensemble du monde arabe et des « Arabes » perçus comme protagonistes d’un conflit avec l’Occident. Des raccourcis de raisonnements et des généralisations hâtives sont invoqués pour justifier cette nouvelle forme d’antisémitisme qu’est l’islamophobie. La substitution, à tous propos, de l’identité à la culture en particulier, a alimenté la xénophobie prenant pour cible notre émigration. Cette substitution la plonge dans un ghetto virtuel qui occulte ce qu’elle a de commun avec la population locale ainsi que la valeur et la diversité de sa contribution à la société d’accueil en tant qu’artisans, avocats, chercheurs, sportifs ou bénévoles.
Contrairement à l’identité, la culture ne se décrète pas. Elle est avant tout dialogue dans la société et dialogue de sociétés. Elle a vocation à dépasser les frontières nationales pour interpeller l’ensemble de son aire de civilisation et pour s’ouvrir sur l’universel. C’est donc un abus que d’invoquer la culture en tant que support d’un quelconque particularisme et une aberration d’y recourir pour légitimer l’invocation de l’arabité comme synonyme d’altérité stérile plutôt que de diversité féconde.
L’ouverture de nos assises le jour du Nouvel An berbère qui commémore l’intronisation du Pharaon berbère d’Egypte Sheshnaq I, il y a 2957 années est, à la fois symbole et rappel de cette diversité, gage de la vitalité de la culture.
Ceci conduit à évoquer un second diptyque « cultures arabes – mondialisation », pour préconiser une gestion plus harmonieuse de notre authenticité. Une gestion qui, tout en assumant la richesse d’un patrimoine (« turath ») millénaire, s’adapte aux impératifs du présent et rehausse la vitalité de la culture en veillant à ce qu’elle soit non seulement rétrospective mais porteuse d’avenir et d’ouverture sur l’universel.
Affirmer que la culture dans le monde arabe s’ouvre sur l’universel ne signifie pas cependant qu’elle doive se laisser imprégner par la culture occidentale dans une vision « diffusionniste » du progrès qu’elle devrait subir de bonne grâce au nom de la modernité. Notre culture risquerait alors d’être submergée. La langue arabe ainsi que les autres vecteurs sémiotiques de transmission de notre culture ne serviraient plus dès lors que de coquilles porteuses de concepts exogènes, désincarnés de notre réalité. En somme, notre culture ne deviendrait plus que l’emballage arabe d’un produit étranger.
Un tel danger qui a déjà plané sur la Nahda arabe de la 2ème moitié du XIXème siècle est encore plus menaçant aujourd’hui sous l’effet du raz-de-marée de la mondialisation.
La tentative de préserver les cultures du monde arabe de ce raz-de-marée est d’ores et déjà taxée d’ « arriération » et de refus de cette rationalité qui a permis l’émergence du Siècle des Lumières en Occident. Selon les thèses « diffusionnistes » souvent préconisées par des Orientalistes de bon aloi, la Culture arabe resterait ainsi prisonnière d’un corpus immuable de normes et de réactions émotionnelles évacuant la rationalité et rendant de ce fait nos mentalités inadaptables à la « civilisation moderne ».
Nous rejetons résolument ces thèses qui font l’amalgame entre modernité et occidentalisation. Nous ne devons pas pour autant nous réfugier dans un repli frileux sur nos gloires culturelles passées en nous soumettant docilement aux préceptes d’un « taqlid » stérile.
Nous devons au contraire réinventer la Culture arabe en favorisant l’éclosion dans nos sociétés d’une attitude qui soit plus favorable à la créativité ( « ibdâ’ ») libérée des connotations infamantes de la « bidâa » classique, synonyme d’hérésie.
Ceci me conduit à mon 3ème diptyque à savoir « Culture arabe – liberté ». Cet espace de liberté de chaque artiste, de chaque auteur revendiqué déjà au IIème siècle après J.C. par notre compatriote Apulée de Madaure (Medaourouche), devrait avoir pour seule limite, le respect de la liberté d’autrui. C’est en évoluant dans un espace ainsi libéré que la poésie deviendra, comme dit Mouloud Mammeri, « le verbe ailé du poète qui échappe à la règle imposée » et que s’accomplira la vocation de l’artiste, qui selon Camus est « de vivre aux limites, d’y saisir ce qui est insaisissable, de donner une forme à ce qui n’en a pas ».
En définitive, cette réinvention de la Culture arabe à laquelle participe le poète qu’Adunis engageait à être « le créateur d’un monde nouveau », rejette la fausse dichotomie entre « taqlid » et « tajdid ».
Elle appelle à une valorisation de nos patrimoines culturels traditionnels, basée sur une démarche scientifique et non hagiographique.
Elle invite aussi chacun à refaire pour soi le parcours initiatique suivi par nos devanciers pour aspirer, comme eux, à être des « oudaba » en harmonie avec leur Foi certes, mais aussi avec leur époque.
Elle présuppose un système éducatif de qualité et requiert enfin l’élaboration de démarches innovantes à même de mettre un terme à la dégradation des patrimoines culturels classiques et d’esquisser, pourquoi pas sous l’impulsion de l’ALECSO, le cheminement le plus judicieux de la Culture arabe de demain vers la modernité.
L’interaction entre cultures du Machrek étendu à la Perse et du Maghreb arabe étendu à l’Andalousie a, depuis des millénaires, contribué à l’enrichissement de notre aire de civilisation.
L’Algérie fut et demeure un catalyseur de l’interaction Machrek-Maghreb. Dès le second siècle de l’Hégire, notre pays fut un passage obligé pour les mouvements d’idées des Abassides à l’Est vers les Marwanides andalous au Nord-Ouest de la Méditerranée. L’Algérie fut aussi par la suite la terre d’accueil du grand soufi andalou Ibn Arabi en route vers l’Est, d’Ibn Rochd dont le rationalisme dément les allégations d’irrationalité proférées contre la civilisation arabe et d’Ibn Khaldoun qui y écrivit sa célèbre Mukaddima. L’ouverture de l’Algérie sur les cultures arabes d’Est en Ouest du Bassin méditerranéen est symbolisée par notre patrimoine musical qui a intégré au même titre la musique andalouse, viatique des rescapés de l’Inquisition et celle provenant de la Mésopotamie dont le nom de Mawsilia indique bien l’origine.
L’occupation coloniale mit un terme à cette ouverture et s’attela à éradiquer notre culture nationale, selon un processus répressif décrit avec une grande lucidité par Frantz Faon dans « Les Damnés de la Terre ». La répression eut pour effet, non d’étouffer notre culture mais au contraire d’attiser la conscience nationale. De l’œuvre de l’Emir Abdelkader dans son exil jusqu’à celle littéraire et religieuse de Ben Badis dans le Constantinois, émergea un véritable renouveau culturel arabo-islamique auquel fit écho une littérature de combat pour la liberté ponctuée par les œuvres d’un Kateb Yacine ou d’un Mohamed Dib.
Avec l’Indépendance, l’Algérie a retrouvé enfin sa place dans le roman arabe grâce à la production d’écrivains de qualité tels Abdelhamid Benhaddouga, Tahar Wattar ou Ahlam Mostghanemi, à titre d’exemples, qui traitent de nos problèmes de société avec style et perspicacité. L’organisation à Alger en 2002 du Premier Festival du Roman soutient cette évolution prometteuse. Une semblable initiative mérite d’être renouvelée périodiquement comme pourrait être encouragée la tenue de tables rondes télévisées pour populariser notre production littéraire.
L’Algérie, après quelques atermoiements, a pris le parti d’encourager l’expression littéraire algérienne tout d’abord en arabe mais sans exclure d’autres moyens d’expression. Car en matière artistique, ce qui compte c’est la beauté de l’œuvre et non seulement son support linguistique. Nous nous sommes donc réjouis de l’élection à l’Académie française de Assia Djebbar dont nous apprécions hautement la contribution à l’universalisation de notre culture, exprimée dans la langue de Voltaire mais avec l’Algérie dans l’âme.
Il nous reste beaucoup à faire au niveau national pour encourager l’éclosion de nouveaux talents dans les arts plastiques et dans les lettres et pour que tous les créateurs trouvent en Algérie un environnement technologique, administratif et financier propice à la publication de leurs œuvres sur place. Nous sommes déterminés à rattraper notre retard dans ce domaine.
Promouvoir une culture, voire une mystique, du livre en Algérie et accroître le rayonnement du monde arabe ne peut faire l’économie de la médiation interculturelle qu’assure le renforcement des capacités de traduction. C’est grâce à celles-ci que jadis, de Babylone à Grenade, en passant par Constantine, Bougie et Tlemcen, le monde arabe a connu son apogée culturelle. C’est par cette activité que nous pourrons derechef nous hisser à un niveau d’excellence comparable.
Je salue donc la décision de la Ligue arabe de créer un Centre arabe de traduction dont le siège a été fixé à Alger.
Au niveau de la région arabe ou même au niveau national, des prix prestigieux pourraient être institués, avec une participation du secteur privé, pour rendre hommage aux créateurs artistiques arabes dont la reconnaissance est trop souvent tributaire de jurys situés hors de nos frontières.

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Nous espérons que l’année d’ « Alger, capitale de la culture arabe » soit à la hauteur de nos espérances et nous en attendons un renforcement des échanges culturels entre nos pays, car, contrairement aux échanges dans les domaines politique, économique ou commercial, les échanges culturels et notamment celui des produits académiques, littéraires ou artistiques de haut niveau, n’ont pas besoin de visa pour traverser nos frontières. Nous sommes dans l’attente du jour où nous verrons la multiplication de productions communes dans les domaines de l’écrit, du sonore ou du visuel et où nos chercheurs pourront librement se déplacer à travers tout le monde arabe et constituer des équipes multinationales avec un financement commun dans le cadre de la Ligue arabe et de l’ALECSO ou de l’OCI et de ses institutions spécialisées.
Je dois dire notre appréciation des efforts déployés par l’UNESCO dans tous ces domaines et notamment pour son « Pacte Mondial pour le Développement culturel » et le « Programme culturel des capitales » qui a été lancé en Europe et doit se prolonger dans les pays arabes. De même, Alger se prépare à un rendez-vous avec la culture africaine en novembre de cette année 2007.
Les recommandations, quelle que soit leur insistance, ne suffisent pas pour faire face à toutes ces urgences. Celles-ci nécessitent un plan d’action adéquat et rationnel, à longue échéance. Comme il est important également de veiller avec un soin particulier à l’éducation des enfants et des jeunes qui, en dehors de la famille et de l’école, ne trouvent pas suffisamment de publications éducatives leur permettant de mieux connaître leur pays et de se rattacher à ses racines, car ils doivent conserver des liens solides avec leur culture et leurs origines, ils doivent être en harmonie avec le siècle de l’ordinateur, de l’informatique, du génome et des sciences de l’espace.

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Ce n’est pas seulement par un sentimentalisme affectif que je vous appelle à remplacer le pessimisme par l’optimisme et le doute par la confiance en soi-même. Nous pouvons faire face aux défis du monde moderne en sachant unifier nos efforts et nos moyens, sachant que la régression est notre plus grand ennemi et que notre salut réside dans une rénovation globale qui nous permette d’envisager notre avenir, dignement et sans appréhension.
Que le Tout-puissant guide vos pas au Services de la pensée et de la culture dans le monde arabe et vous aide à transmettre le message civilisationnel de notre nation à l'humanité entière.

Je vous remercie.

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